En Tunisie, le don de sang reste un geste vital, mais les dernières données montrent que notre système de transfusion fonctionne toujours en tension, avec un déficit chronique de dons et des stocks proches du seuil critique.
Selon le Centre national de transfusion sanguine (CNTS), le pays a besoin d’environ 290 000 à 300 000 unités de sang par an, alors qu’en 2025, près de 250 000 unités seulement ont été collectées. Il manque ainsi environ 40 000 dons par an pour couvrir de manière optimale les besoins des structures hospitalières, ce qui fragilise la prise en charge des urgences, des interventions chirurgicales et de nombreuses pathologies chroniques.
Des stocks de sang au seuil critique
Les autorités sanitaires signalent régulièrement que le stock national ne couvre que quelques jours de besoins, autour de cinq à sept jours, un niveau considéré comme critique. En dessous de ce seuil, le risque d’annuler des interventions programmées ou de ne pas pouvoir répondre à toutes les urgences devient réel.
Le CNTS rappelle que plusieurs centaines de dons sont nécessaires chaque jour pour suivre la demande des hôpitaux et cliniques, alors que les périodes de vacances, d’examens ou certains contextes sanitaires entraînent une baisse notable des dons. C’est dans ce contexte de pression constante que de nouvelles solutions organisationnelles et digitales ont été mises en place.
Qui peut donner son sang ?
En Tunisie, toute personne en bonne santé, âgée de 18 à 65 ans et pesant au moins 50 kg, peut donner son sang, sous réserve d’un entretien médical qui confirme l’absence de contre‑indication. L’intervalle minimum entre deux dons de sang total est généralement de 8 semaines pour l’homme et 12 semaines pour la femme, afin de garantir la sécurité du donneur.
Le don repose sur des principes éthiques clairs : volontariat, anonymat et absence de rémunération, conformément aux recommandations internationales en matière de sécurité transfusionnelle. L’objectif est de développer un vivier de donneurs réguliers, fiables et bien informés, pour réduire la dépendance aux dons de remplacement.
Plateformes numériques : faciliter la prise de rendez‑vous
Pour moderniser la collecte et simplifier le parcours du donneur, une plateforme électronique de prise de rendez‑vous en ligne a été lancée pour le CNTS et le centre régional de transfusion de Sfax. Concrètement, les donneurs peuvent accéder au site officiel du CNTS et remplir un formulaire de prise de RDV pour choisir un créneau adapté.
La priorité d’accueil est donnée aux donneurs ayant réservé en ligne, ce qui permet de mieux gérer les flux, de réduire l’attente et d’optimiser l’organisation interne des équipes de collecte. En cas de questions, des numéros dédiés sont mis à disposition pour informer les donneurs et confirmer les rendez‑vous.
« Hayat.tn » : une plateforme citoyenne pour ancrer la culture du don
En parallèle de la plateforme de RDV du CNTS, la Tunisie s’est dotée de la plateforme « Hayet/Hayat.tn », développée initialement par des étudiants en collaboration avec le CNTS. Cette plateforme met à disposition des citoyens des informations clés sur le don de sang : besoins estimés, types de donneurs, règles de sécurité et liste des lieux de collecte (centres, hôpitaux, caravanes).
Hayat.tn propose également des outils pour vérifier son éligibilité via un questionnaire et permet aux donneurs volontaires de s’enregistrer pour être orientés vers les centres de don. L’objectif affiché est d’ancrer le don de sang comme un geste citoyen régulier et de contribuer à l’autosuffisance nationale en produits sanguins.
Initiatives de terrain : quand les campagnes sortent des murs de l’hôpital
Face au déficit persistant, des campagnes de don de sang sont régulièrement organisées en partenariat avec des institutions publiques, des entreprises et des acteurs culturels. En 2026, par exemple, l’Institut français de Tunisie a accueilli une journée de collecte en collaboration avec le CNTS et l’Association tunisienne pour la promotion du don de sang, afin de renforcer les stocks.
En avril 2026, l’institution de microfinance Daam a également lancé une campagne de mobilisation à Tunis, dans un contexte national marqué par un déficit chronique d’environ 40 000 dons annuels. Plus récemment, une campagne de don de sang a été organisée sur l’avenue Habib Bourguiba pour sensibiliser le grand public à l’importance du don régulier et contribuer à combler le déficit d’approvisionnement.
Et maintenant ?
Malgré les difficultés, la Tunisie se dote progressivement des outils pour mieux organiser et sécuriser le don de sang : plateformes digitales, campagnes ciblées et partenariats avec la société civile. Le défi central reste cependant le même : transformer un réflexe de réponse à l’urgence en une culture de don régulier, volontaire et planifié.
